L’Edito

Passeurs d’art, puiseurs d’or


«  Ce fut une dangereuse chose pour l’art de se séparer de la vie ;

ce fut une chose dangereuse pour l’art et pour la vie»


André Gide, Nouveaux prétextes



Opera. Que le mot italien pour œuvre désigne en français le genre lyrique vocal, cela ne saurait être innocent. Preuve que chaque œuvre nécessite une mise en scène, une orchestration. Preuve que tous les tréteaux cachent des coulisses, que toute toile cache un châssis. Chaque création implique une recréation, chaque machine une machinerie, chaque scène une scénographie. L’opéra ne serait rien sans ce dispositif invisible qui huile les mécaniques et hisse les voix. L’œuvre ne serait rien sans ces désirs silencieux d’ostension, de machination. De mise en œuvre. Tel est le dessein d’Art O’ Clock : montrer, diffuser et transmettre des œuvres d’art. Mieux, les échafauder. À l’envi.


Plaisir. Prenant acte de cette impérieuse nécessité de monstration des œuvres, Art O’ Clock a fait du délice son argument. Dévoiler des productions réjouissantes, défendre des artistes stimulants, promouvoir des trajectoires ensorcelantes. Faire que l’art soit une délectation. Ou une consolation. Faire que la ligne – de conduite – soit un fil – rouge – dans le plaisir. Que la symphonie soit fantastique et la flûte toujours enchantée. Que la ligne – de partage – soit  l’envie. Et que le partage de cette ligne soit une envie.


Crible. Les œuvres ont besoin d’un espace de (re)présentation. Cosi fan tutte. Ce constat – diablement péremptoire – est l’acte de naissance d’Art O’ Clock. Il fallut donc donner le jour à un projet à la fois lucide et fluide, simple et évident. Il convint de réfléchir à la manière la plus satisfaisante de présenter des œuvres et d’en partager les qualités singulières avec un public pluriel. L’excellence fut la norme, l’exigence la forme. Chaque artiste serait invité à proposer, à échanger, à soumettre. Chaque artiste serait le bienvenu. Les projets seraient examinés, évalués, expertisés afin que ne filtrent que des œuvres superlatives, aussi inédites qu’ambitieuses. Serrer la maille du crible : telle est, seule, la gageure du succès.  Le plaisir, de surcroît, fera le reste.


Espace. Lieu du faire et du voir, du passage et de la halte, la Défense est l’espace majuscule, le seul à pouvoir réunir l’originalité et la diversité, le spécimen et la multitude. Là, si près d’Alexander Calder et d’Anthony Caro, non loin d’une arche cyclopéenne et de songeries architecturales, le Centre des Nouvelles Industries et Technologies – devenu Grand Palais moderne – offre au salon Art O’ Clock  une visibilité et une cohérence remarquables. C’est également rappeler combien l’art a partie liée avec les entreprises, individuelles ou collectives, et avec les initiatives, publiques ou privées. C’est enfin insister sur la dimension industrieuse de toute création, sur l’implantation de tout art dans la Cité.


Circulation. Il y a, entre le dévoilement d’une œuvre et la révélation de son mystère, un monde. L’exhibition de la première ne garantit pas l’accession au second. Tout comme l’opéra mérite vigilance et acuité, parfois sous-titres, l’œuvre plastique suppose des clefs et des étais, parfois des éclaircissements. Des causeries, des débats et des études : nombreuses seront les modalités du partage du savoir fournies par Art O’ Clock. Ainsi l’art apparaîtra comme une tradition sans fin, comme une mémoire infinie. Ainsi les idées et les œuvres circuleront pour que l’heure de l’art ne soit jamais suspendue…



Colin Lemoine

Conseiller artistique

© 2013 ART O’CLOCK - TOUS DROITS RÉSERVÉS

Il a consacré plusieurs articles, conférences, ouvrages et expositions à Alberto Giacometti, Antoine Bourdelle, Henri Focillon, Auguste Rodin ou Michel-Ange. Il est conseiller auprès de plusieurs maisons d’édition. Il est occasionnellement traducteur et régulièrement journaliste (L’œil).

Colin Lemoine est historien de l’art. Après des études à l’université Paris IV-Sorbonne, il a intégré l’Institut National d’Histoire de l’Art puis le musée Bourdelle. Spécialiste de sculpture, il s’intéresse aux avant-gardes comme aux arrière-gardes, aux modernes comme aux anti-modernes, aux avant-scènes comme aux coulisses.