La Tour

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Installation par

Matthieu Exposito

en partenariat avec

Matthieu Exposito - Alors, il y a du rose, bien sûr. Couleur du derme, présence de la chair, de la pulpe. Roses les  boulettes, roses les lignes des dessins et les fils soyeux, les traits disposés sur la feuille et les tâches qui contaminent. Rose, la vie, chez Matthieu Exposito. Rrose Sélavy, chez Marcel Duchamp. Chez l’un et l’autre, la rigueur est de mise. La patience est une forme de l’élégance. Déconstruire le monde permet de mieux l’habiter, à l’évidence. A ce jeu éminemment sérieux, un urinoir vaut un clou. Et des clous, Exposito en met aujourd’hui partout. Le clou, c’est la relique du technicien, l’indice de la besogne, l’écharde qui fait mal et l’ami qui punaise. C’est la chose qui reste quand tout s’en est allé.

Une tour, une lueur


Cinq cubes noirs, dont chaque face est alvéolée, percée de seize baies carrées. Cinq cubes dont l’empilage impeccable dessine une tour, tendue vers le ciel, et quel ciel. Un ciel non pas de plomb mais de béton, un ciel dont la voûte surplombante est celle du CNIT, là au cœur de la Défense. Une tour dans ce quartier superlatif où les pullulent les tours et jouit la verticalité. Une tour nouvelle, élevée sous la protection de ce dôme inouï..


Dans ce Lieu du faire, dans cet espace où se croisent destins et desseins, industrieux et laborieux, travailleuses et travailleurs, ouvriers de leur vie et artisans de leur rêve, Matthieu Exposito renoue ici avec la grande tour, celle que de nombreux sculpteurs élaborèrent – Rodin, avec sa  stupéfiante Tour du travail (1898), Tatline avec son Monument à la Troisième internationale (1919-1920) et Brancusi avec sa Tour sans fin (1937-1938). Projets utopiques et rationnels. Projets destinés à célébrer la vie partagée, le travail commun.


Comme eux, Matthieu Exposito se souvient de la Colonne Trajane et de la Tour de Pise, de ces œuvres iconiques dont le regardeur peine à savoir si elles sont architectures ou sculptures, édifices ouvragés ou rondes-bosses habitées. Comme eux, il sait que l’équilibre est un jeu de lignes, de tensions et d’arêtes, que la lumière, fût-elle rose, nécessite des pleins et des vides, des claires-voies et des ombres.


Ici, la trame – systémique et sociale – est noire. La lumière – charnelle et humaine – est rose. La seconde transperce la première, devenue vitrail impuissant, incapable d’emmurer ce gigantesque rai incandescent, d’en claustrer la beauté diamantaire. Ici, la lumière décloisonne, les étages communiquent, les strates s’entretissent, les couches – structurelles et sociales – s’entrelacent. Irradient. Ici, la tour du travail est une tour de Babel, quand le monde discute. A profit et sans profit, pour la beauté du geste. Constructive. Mieux, constructiviste.



Colin Lemoine

Conseiller artistique d’Art O’Clock
Journaliste, historien de l’art

A découvrir dans le dernier numéro de